samedi 13 mai 2017

WINAMAX SERIES XVIII : bilan

Avril …
… 2014 : 69 épreuves en douze jours, 5,5 millions d'euros distribués, 179 153 inscriptions...
… 2015 : 83 tournois, plus de 5,5 millions d'euros distribués, et plus de 180 000 inscriptions au total …
… 2016 : Presque 7,5 millions d’euros distribués au cours de 91 tournois [ndlr : et près de 280.000 participants]
… 2017 : 120 tournois, 11 millions d'euros garantis (un record absolu).

Le bilan 2017 des Winamax Series est tardivement mais finalement paru, et s’il ne passe pas sous silence les difficultés rencontrés par cette dernière édition, il se veut pour le moins très positif dans un exercice de communication qui n’est pas simple. Décryptage et analyse de la dix-huitième saison.

Episode 1 - Plus de 11.4 millions d’euros distribués
Fort de deux dernières éditions réussies et du format re-entry désormais omniprésent (86% des tournois contre 12% en Avril 2016), Winamax proposait une dotation garantie jamais vue de 11 millions d'euros, il était donc évident que cette 18e mouture des Series allait tutoyer les sommets. Et de fait, ce fut le cas, avec un dépassement de 4%. Mais ces chiffres cachent une réalité bien différente : certes, les deux Colossus ont tourné à l’accident industriel avec 315K€ d’overlay brut, mais c’est au final 52% des tournois qui en subissent un pour 707.000€. Hors rake, la room finit déficitaire sur la moitié d’entre eux pour un chèque de près de 355.000€.
Du jamais-vu pour des Series Winamax : en janvier, avec un de 67.825€, « les membres de notre pôle chargé de la programmation des MTT ont déjà tiré un trait sur leurs vacances d'été », écrivait Flegmatic. Ils ne sont pas prêts d’en reprendre cette année non plus.

Au rang des satisfactions relevées par la room, les Championship sont plombés par les deux versions en variantes dont le 8 Game qui ne devrait pas être reconduit : avec une garantie de 50K€, Winamax doit débourser 15.000€. Le 5 Game ne perd, lui, « que » 4.500€. Bilan comptable global des dix Championship ? 10.000€ de profit, soit un Retour sur investissement plus que limité au vu des buyin en jeu.
Les Monster Stack ont effectivment été très performants hormis le Marathon Event mal calibré de 10K€, tout comme les Events Rebuy. Pour ces derniers, au nombre de huit dont trois au format Deglingos, les garanties sont couvertes de 25% en moyenne.


Episode 2 - Million Event : un marathon incontournable
Figure de proue des Winamax Series depuis la huitième édition (cela remonte à janvier 2014 !), le Million Event fut une nouvelle fois le théâtre des affrontements les plus acharnés du festival. Et aussi le théâtre d’un bug dû au logiciel de deal, en complément d’un trou d’air au niveau au du field : le Million Event accuse une baisse d’entrées de 13.5% sur celui d’avril 2016. Pis, le taux de re-entry progressant de 1.5% sur les trois dernières éditions, c’est donc particulièrement le nombre de participants qui souffre, signe que l’évènement a des difficultés à emporter l’adhésion au-delà du cercle des joueurs réguliers. Cela démontre aussi que l’ajout d’un Day 1E (depuis Janvier) n’a cette fois pas eu d’impact.

Bien entendu, il faut prendre en compte les 400 tickets comme à l’accoutumée. Ce sont donc 60.000€ à la charge de l’opérateur, faisant passer l’Event d’un centre de profit (10K€ net) à une ligne de coût d’environ 50.000€. 
Winamax souffre vraisemblablement de son hyper activité du premier trimestre, avec un premier Million Event en janvier, puis l’enchainement de Main Event spéciaux : 500.000€ Gtd début février, 200.000€ Gtd à Buyin soldé à 50€ dans la foulée. 

Episode 3 - High Five et Colossus : petits buy-ins, gros gagnants
"Avec leurs vingt Days 1, à raison de deux par jour du 2 au 12 avril, et leurs 750 000 euros garantis, ils faisaient partie des attractions majeures de ces Series. Victime d'un overlay taille XXL (plus de 310 000 euros à eux deux), les Colossus à 10 et 30 euros ont tout de même rassemblé 63 244 et 22 810 entrées respectivement."
Winamax avait non seulement survitaminé ses Colossus en multipliant les Day 1 par trois par rapport à Avril 2016, mais avait également misé sur une hausse de fréquentation de 6.5% sur le 10€ (Event #10 en 2016), et break even sur le 30€ comparé à l’event #33 de 2016 programmé en milieu de Winamax Series. C’est l’inverse qui s’est produit, avec une baisse de 20% à périmètre constant sur les deux tournois. A noter que les qualifiers lancés en urgence sur les deux derniers jours de ces tournois ont permis de générer 325 entrées à 30€, 1.450 à 10€ et un overlay global de plus de 5.000€ à ajouter au coût net de 230.000€. Il faut d’ailleurs saluer le comportement de la room, qui aurait pu ajouter des Day 1 comme d'autres ont pu le faire par le passé. Winamax a montré qu’elle respectait ses joueurs en assumant jusqu’au bout. A bon entendeur, …
Deux tournois monumentaux qui ont sans doute été victimes du succès du petit nouveau, le High Five au buyin de 5€. Il a détourné une partie du field du Colossus 10€, et présente l’intérêt d’un taux de re-entry plus élevé (23%) que ses homologues. C’est clairement la bonne idée de ces Series, un des plus profitables pour la room (20.000€ net) et le seul des sept tournois Flight de la quinzaine qui atteint sa garantie. L’Event #46 à 100€ parvient à réaliser un revenu net positif, tandis que le Starter déçoit : Winamax avait senti le coup, abaissant la garanti de 12% par rapport à l’édition de janvier. Même avec le naming du tournoi, la fréquentation s’effondre 24% en trois mois et coûte près de 25.000€ à la room.

Episode 4 – XVIIIe édition : Petit et Grand format
Sans surprise, Winamax a réduit la voilure sur les variantes, avec huit tournois contre onze quelques mois auparavant, mais en maintenant le même niveau de garantie. Les Events sont donc passés à 22.500€ Gtd en moyenne, soit une progression de 33%, en grande partie avec l’ajout d’un Championship 8 Game accompagnant un 5 Game en lieu et place du HORSE de janvier (50% des garanties variantes à eux deux). Le format qu’on invite pour faire bien mais qui prend de la place pour rien en résumé.
L’Omaha reste cantonné au second rôle, comptant dix petits tournois dont le Big Omaha en mode Flight et un Highroller 1.000€. Pourtant la variante plaît, tous les tournois hormis le flight, ont généré un profit (+17,3K€), atteignant quasi tous leurs garanties. Avec un taux de re-entry exceptionnel de 37%, de dix points supérieur à son homologue en No Limit, il réalise tout de même près de 40% du chiffre de ce dernier.
Le No Limit Holdem pèse donc 85% des Winamax Series, majoritairement en 6-handed (51% des tournois), alors que moins d’un tiers des tournois se sont joués en Full Ring. Dans les formats annexes, le Mix Max a mieux fonctionné en fin de Series qu’au début, concurrencé par d’autres formats, notamment flights. Les formats courts ont été performants, Monster Stack (#39) et 300€ (#21) en tête. Clean sheet enfin pour les Events Heads Up qui couvrent largement mais sûrement des garanties évidemment réduites (4,5% à 35%).
Avec une moyenne de moins de deux heures de jeu, le format Deglingos se révèle lucratif pour Winamax : aucun overlay brut, une couverture supérieure à 23% de moyenne sur la dizaine de tournois joués.

Episode 5 – Le nerf de la guerre
Les jours ont du paraître bien longs sur cette première quinzaine d’avril dans les bureaux de Winamax. Dès la soirée de lancement, et 75% des tournois en difficulté dont en cinq en overlay net, il y avait de quoi s’inquiéter. Comment imaginer qu’une soirée inaugurale de Winamax Series, après deux triomphes consécutifs, rapporterait à l’opérateur … moins que la Fièvre à 10€ du dimanche précédent (3,5K€ vs 4K€ le 26 mars) ?
Ce sont bien sûr les Colossus qui ont définitivement entériné le verdict final, mais même au-delà de ces deux cas, la première semaine toujours porteuse n’a jamais dépassé les 12K€ de profit, avec un samedi particulièrement catastrophique puisque Winamax perd même de l’argent ce soir-là.
Cette dix-huitième édition des Winamax Series s’achève même sur un bilan comptable global déficitaire. Légèrement certes, mais déficitaire d’environ 5.000€. La room a également financé 400 tickets Main Event pour une valeur de 60K€, et a surtout déprogrammé bon nombre de ses tournois, plus qu’à l’accoutumée, pour essayer de limiter les dégâts en voyant la tournure que prenait l’affaire. Le manque à gagner qui s’ajoute est conséquent : A période équivalente sur le mois de mars, la Fièvre n’a ainsi pas rapporté 30K€ de revenu net, le Cocktail s’est arrêté de couler à flots (10K), l’Afterwork a pris des congés (15K), …


Episode 6 – Epilogue
C’est une dix-huitième saison pleine de rebondissements qui vient de s’achever. La prochaine s’annonce néanmoins plus calme, comme l’a confirmé le scénariste Aurélien ‘guignol’ Guiglini sur Clubpoker. Il n’y a d’abord pas de nécessité de poursuivre la fuite en avant des garanties : Pokerstars a jeté l’éponge en bégayant sa stratégie d’accès au .fr pour les joueurs étrangers et une garantie diminuée de moitié en deux ans sur ses SCOOP (2,5M€). Même à l’échelle d’un marché décloisonné avec l’Espagne, l’Italie et le Portugal, la room au pique rouge n’a proposé que 7,5M€ au total des quatre pays, n’atteignant au final que 8,7M€. En Septembre, Winamax ne devrait donc proposer que 8-10M€ tout en restant leader européen, le véritable objectif de l’opérateur français sans aucun doute.
Dans les pistes à explorer pour cette future saison, les Monster Stack devraient monter en grade, tout comme le format Re-entry, aujourd'hui limité à un par tournoi, jusqu’au premier Event Surprise du 02 Avril de cette dernière édition pour la première fois en re-entry illimité à l'image de Pokerstars. L’extension à d’autres Events, notamment aux Colossus et autres Flights serait la garantie de pouvoir limiter le nombre de Day 1 : c'est probablement la durée entre le premier d’entre eux et le Day 2 qui ont freiné bon nombre de joueurs cette fois. Pokerstars s’était essayé au Flight à rallonge (5€) mais avait arrêté les frais devant les mauvais résultats. Autre piste en la matière : des Day 1 Turbo en fin de soirée pour compléter le dispositif ?
Si les variantes restent appréciées, elle ne touche qu’un nombre très limité de joueurs. La prochaine édition en comprendra probablement le minimum syndical, mais elles auraient plus leur place sur un événement dédié à ces différents types de poker. Winamax pourrait alors proposer des tournois à plus forte garantie pour tenir son objectif d'une promesse supérieure à la concurrence.
Enfin, la nuit est enfin assez peu utilisée, mais l’introduction de Late Show Events pourrait permettre de muscler le casting. Et pourquoi pas même des Morning Events.

Rendez-vous sur vos écrans de jeu le 03 ou le 10 Septembre pour découvrir la nouvelle saison.


soxav

lundi 3 avril 2017

POKER : THEORIE DE LA RELATIVITE


De la théorie de la relativité appliquée au poker. Il y a des chiffres qui permettent de comparer des résultats et des tendances, mais pour bien comprendre la position de l'état sur le sujet des jeux en ligne, certains signes vont bien au-delà.

Début Février, l’Arjel révélait les résultats du marché des jeux en ligne pour l’année 2016, résumant par un « globalement, la situation pouvait paraître satisfaisante ». 8,4 milliards d’euros ont été misés online l’an passé (+6%) pour un Produit Brut des Jeux (PBJ) de 813 millions d’euros (+8%). Malheureusement, si les paris sportifs ont tiré la tendance (+45% de mises), le poker a de son côté reculé de 1%. Relativisons, les années précédentes étaient bien pires.

La semaine dernière, le 30 mars, c'est la Française des jeux qui rendait public ses résultats annuels 2016, les résumant à « conformes » selon son PDG Stéphane Pallez. Son entreprise a enregistré 14,33 milliards de mises (+4,6%) pour un Produit Brut des Jeux de 4,8 milliards d’euros (+2,8%). Pas besoin d’être Einstein pour calculer qu’à lui seul, l’opérateur public a donc réalisé 70% de mises de plus que l’ensemble des acteurs online tous produits réunis. Mais surtout, son chiffre d’affaires, le PBJ, est six fois supérieur à celui de tous ses homologues cumulés. Relativisons le poids du segment des jeux online ...

A l’échelle du poker, où le PBJ atteint 231 M€ pour des mises de 5,47 Mds€, la FdJ représente plus de deux fois et demi les mises poker, et plus de 20 fois son PBJ !

Au passage, le communiqué de presse FdJ cite une étude du BIPE, cabinet de conseil en analyse stratégique et prospective économique : il chiffre le versement de la FDJ à l’état*, qui possède 72% de l’entreprise, à 3,3 Mds€, hors dividendes. Retour au bilan Arjel qui se félicite de prélèvements obligatoires en hausse de 14% à … 389 M€, dont 72M€ pour le seul produit poker. L’état a touché en 2016 quarante-cinq fois plus de son opérateur public que du poker français. Relativisons la place du poker dans la hiérarchie législative …

S'il était nécessaire d'enfoncer le clou, il est un détail du rapport qui peut éclairer les joueurs de poker sur l’immobilisme de l’état depuis des années. Le même BIPE a chiffré le poids de la FdJ dans ... le PIB français** ! Le simple fait d'effectuer un tel rapprochement en dit long sur le gap qui sépare une entreprise publique d'un côté, et un marché regroupant sept opérateurs de l'autre.
Car, étonnamment, l’Arjel n’a encore jamais pensé à mettre en relation jeux en ligne et PIB. Encore moins pour le poker …

Le rapport de l'Arjel a été repris dans les jours suivant sa publication par Clubpoker et son Bar des Sports, ainsi que Paris Turf. Le service Presse de l'Arjel est bien mois efficace que celui de la Française des Jeux : dans les 24 heures suivant la publication des résultats, la FdJ a fait l'objet d'articles dans Le Dauphiné Libéré, Libération, BFMTV.com, Le Figaro, Le Parisien, La Croix, Ouest France, Les Echos, ...

De la théorie de la relativité  : Vu des joueurs, l'état gagnerait quelques millions d'euros de plus en modifiant son approche du poker. Vu de l'état, … en fait c'est totalement invisible à son échelle et celui d'une FdJ ...

soxav

*L'état est actionnaire à 72% de la Française des Jeux
**0.2% du PIB national